jeudi 22 mai 2014

Les chats de hasard d'Anny Duperey

Les gens qui aiment les chats adorent cette indépendance qu'ils ont, car cela garantit leur propre liberté. Ils ne supportent pas les entraves ni pour eux-même ni pour mes autres. Ils ont cet orgueil de vouloir être choisis chaque jour par ceux qui les aiment et qui pourraient partir librement, sans porte fermée, sans laisse, sans marchandage.

Si vous ne lisez que ces lignes;

Un livre autobiographique au travers des chats de hasard, ces chats qui s'imposent à nous et qui nous choisissent. Un récit poignant des leçons apprises au contact de ces petits maîtres de vie, et de l'amitié absolue qui peut parfois unir humains et animaux. 

Anny Duperey 

 
Anny Duperey est une artiste complète : comédie, écriture, danse, peinture, chant, photographie, trapèze... manque-t-il quelque chose ? En plus des arts, c'est aussi une excellente cuisinière, et une très bonne couturière - elle a fait pendant longtemps ses robes et ses manteaux. Actrice complète, elle a collaboré avec les plus grands tant au cinéma qu'au théâtre ou à la télévision. 

En parallèle de sa carrière d'actrice, elle s’essaye à l’écriture avec "L’Admiroir" en 1976, où elle dépeint ses sentiments quelques années plus tôt, récompensé par l’Académie Française.  Anny écrit un second roman en 1986, "Le nez de Mazarin". C’est au début des années 90 qu’elle décide d’écrire une autobiographie pour livrer toute la douleur liée à la mort de ses parents 35 ans plus tôt. C’est ainsi qu’est publié "Le voile noir" en 1992 qui connaît un véritable succès commercial. Après sa parution, ses lecteurs lui envoient tant de lettres qu’elle décide d’écrire un second livre "Je vous écris…" dans lequel elle répond à toutes ces lettres et reverse la moitié de ses droits d’auteurs à l’association SOS Village d’enfants dont elle est la nouvelle marraine. Elle poursuit son travail d’écriture en publiant un autre livre "Les Chats du Hasard" (1999) dans lequel elle parle de son amour pour les chats, puis son dernier roman "Allons voir plus loin, veux-tu ?" (2002) qui est encore un succès littéraire. Elle a aussi publié une anthologie ou elle regroupe des textes à propos des chats ("Les chats-mots", sorti le 6 novembre 2003).

 Elle est marraine de l’association SOS village d’enfants qui regroupe des fratries séparées, ainsi que de SOS papas qui lutte pour les pères divorcés. Elle associe son nom à Rire médecin qui apporte un peu de joie aux enfants hospitalisés, et à l'ARC (l'association pour la recherche contre le cancer). Elle a aussi soutenu la recherche contre le cancer du sein.

 Le pitch 


"Il m'est venu d'écrire un livre doux. pas vraiment sur les bêtes mais plutôt autour, à propos des rapports que nous avons avec certaines d'entre elles. Pourquoi avons-nous une telle faim de leur tendresse, à leurs qualités particulières ?
Envie de rendre hommage, aussi à ces personnes animales rares qui accompagnent parfois un temps de notre existence et y apportent paix et simplicité. "

Puis, quand il vient se blottir contre la poitrine, ce petit décrochement au niveau du plexus, parfois un véritable déclic, très doux, suivi d’un léger étouffement  et tout de suite d'un gros soupir. Un espace différent s'est dégagé. (...)

Je ne sais pas définir cet espace intérieur, sorte de troisième poumon intime- et c'est sans doute pour tenter de comprendre ce qu'il est que j'ai eu envie d'écrire ce livre - mais il existe, précis, précieux et indépendant de toute autre affection. C'est vraiment autre chose.

Ce que j'en ai pensé


Lors d'une réunion de Parlons livres  axée sur les chats, Ramettes avait présenté ce livre qu'elle souhaitait lire. Je ne sais pas pourquoi je lui ai demandé de me le prêter. Merci Ramettes et j'espère lire ta critique quand tu l'auras lu à ton tour. Il s'est imposé à moi, en quelque sorte, et c'est donc "un livre de hasard" plutôt qu'un chat qui vint à ma rencontre.

Forcément, ayant grandi avec des chats, vivant avec des chats, ayant également un voile noir sur mon enfance (aucun souvenir jusqu'à l’âge de neufs ans) et une tendance autistique, je ne suis pas impartiale. Bien au contraire; je m'y suis retrouvée par moment, heureuse de lire les sensations et émotions ressenties comme autant de cadeaux au contact de ces êtres félins. 

Parlant du rapport fusionnel, hautement affectif et tout  d'indépendance fait, ce livre n'est bien évidemment pas compréhensible pour les personnes pour qui un chat est "juste" un animal... Bien qu'étant à mon sens très éloigné de tout anthropomorphisme, les sceptiques et cyniques y verront peut-être un excès de sensibilité, confortable cocon de la logique toute cartésienne. Mais pour les autres, les humains-chats, ceux qui ont grandi en osmose avec eux, qui, depuis tout petit, ont intégré leurs codes et modes de communication, ce livre est un gros soupir du troisième poumon.

Au travers de ces petits maitres zen, Anny Duperey nous conte son évolution interne, son ouverture au deuil, à la vie et à son rôle de mère. D'une intimité bouleversante, elle nous conte ses amours félins et ses errances du voile noir jusqu'à l'apprentissage de la Vie. Certains souvenirs qui nous sont livrés sont durs, âpres, râpeux ou soyeux comme le contact d'un félin. Mais chaque chat n'est pas forcément un chat de hasard à ses yeux; trois seront des jalons de sa vie, trois chats qui l'auront choisi, s'imposant dans sa vie comme des évidences. 


Anny Duperey nous livre beaucoup au travers de ce texte; l'insensibilité nécessaire à sa survie qui la coupa d'une partie d'elle-même et des chats pour un temps, l'éducation de ses enfants,  l'introspection de l'écrivaine, le travail de deuil trente ans plus tard de ses parents. A chacune des étapes un chat de hasard a correspondu, compagnons de route de sa vie.

 En échos, le lecteur humain-chat voit ressurgir ses propres moments de joie et de peine, évoque à son tour les souvenirs de ses propres amitiés félines.

J'ai apprécié ce récit, bien évidemment. J'ai également aimé la langue d'Anny Duperey, riche et évocatrice. J'ai également apprécié le format d'édition ainsi que les croquis de chats jalonnant le texte. Ses réflexions sur le monde et la vie m'ont également plut ou interrogée, sans que le texte ne plonge dans des abysses intellectuels. J'ai trouvé extrêmement juste le ton d'Anny Duperey dans ce récit; sensible sans verser dans la sensiblerie, intuitive toute faite de cette intelligence du vécu sans non plus finir dans l'irrationnel. 

Certains passages de Les chats de hasard m'ont énormément émue, et je m'excuse des citations longues que j’adjoins à ce billet. Mais il manque tellement de mots que j'aurai aimé citer ici, ayant dû me résoudre à faire des choix devant tous ces petits trésors littéraires semblables à des cailloux aux couleurs merveilleuses dans le fond d'une rivière. 

J'ai passé un très agréable moment de lecture, et je vous conseillerai de lire ce court (222 pages) mais intense récit entouré de vos chats de hasard à vous.

Mais l’indicible était mon paysage intérieur, celui qui m’était familier depuis si longtemps, et si j’essayais de le formuler, ce n’est pas pour autant qu’il ne restait pas mon « chez moi ». Et il se trouve qu’il était aussi son « chez elle ». Elle posait quelquefois son front animal sur ma tête, se couchait le long de mon cahier ou sur un fauteuil touchant le mien. Elle n’essayait pas de me consoler, ni de me conseiller, ni de formuler à ma place. Elle était là, avec sa tendresse et sa chaleur, c’est tout. Mes chagrins d’enfant qui ressurgissaient ne la gênaient pas, ne l’effrayaient pas, je n’avais pas à la rassurer, ni à m’excuser auprès d’elle. Elle acceptait tout de moi, avec son bon regard, et quand c’était trop dur je la prenais contre moi ou je me couchais en moment avec elle. Elle me faisait une crise d’amour, posait sa patte sur ma joue, léchait mes larmes. Que j’ai pu pleurer Missoui ! Mon dieu ! Acertaines heures, ce n’était plus une chatte mais une serpillière ! Et à son contact, dans notre silence partagé, je reprenais des forces. A qui aurais-je pu infliger cela, sans me sentir coupable, pendant des heures, des jours, des mois ? Sur qui aurais-je pu me répandre ainsi sans honte, sans remords ? Personne, je pense. Sauf elle. 

En résumé...  

 

 Les plus;

  • Un récit autobiographique poignant d'une vraie amoureuse des chats,
  • Une langue émouvante et évocatrice,
  • des croquis de l'auteur jalonnant le texte,
  • un format d'édition agréable et original.
Les moins; 
  • Il faut certainement aimer les chats pour comprendre ce récit (et c'est un "moins" asses conséquent pour qu'il se suffise en lui-même).

En conclusion; 

Anny Duperey nous fait partager sa vie et les apprentissages la jalonnant au travers d'une ode à ses amitiés félines. Un très beau texte qui ferra échos pour tous les humains-chats, je pense.

chen dehong- Chinese cat





 

1 commentaire:

  1. J'ai adoré ce livre qui possède tout pleinement de l'amour, de la douceur même si la fin est bien triste (j'ai faillit pleurer dans le RER ^^)

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