mercredi 28 janvier 2015

Comment ma femme m'a rendu fou de Dimitri Verhulst

Je voulais du silence enfin, et être seul avec mes pensées. Ici j’y arrive plus ou moins. C’est le seul endroit où l’on accepte que je sois complètement retiré en moi-même. C’est ma dernière chance. 
 

Si vous ne lisez que ces lignes;

Le roman d'un homme qui a raté sa vie, compressé par une épouse mégère comme il en existe tant, petits tyrans domestiques. Dés lors, fuir dans une sénilité simulée est devenue sa seule échappatoire, et une vengeance drôle et délectable au lecteur... Pour autant, ne faut-il pas en retirer une leçon douce-amère ? 

Elle regardait vers moi, ou bien me l’imaginais-je ?
Rosa. Rosa pimpinellifolia. Rosa majalis. Rosa rubignosa. Rosa tomentella. 

Dimitri Verhulst

Dimitri Verhulst est né le 2 octobre 1972 à Alost, et est un écrivain et traducteur belge flamand. Né dans une famille brisée, il  passe une partie de son enfance dans un foyer d'accueil.

Il amorce sa carrière d'écrivain en 1994 par la publication à compte d'auteur de Assevrijdag, un recueil de contes. En 1999, il fait paraître De kamer hiernaast, des récits de littérature d'enfance et de jeunesse pour lequel il est nommé pour le Literair Prijs CNRC. Le roman Niets, niemand en redelijk stil (2000) revient sur sa jeunesse malheureuse, mais De verveling signaux van de gardien (2002) marque un tournant dans son œuvre en raison de sa grande implication sociale et politique. En 2001, il publie un recueil de poésie. En 2005, il traduit en néerlandais Yerma de Federico García Lorca et fait paraître une pièce de théâtre.

La notoriété lui échoit deux ans auparavant, en 2003, avec le roman Hôtel Problemski qui décrit l'existence de résidents d'un centre pour demandeurs d'asile à Arendonk (Belgique). Le livre est traduit en plus de dix langues. 

En 2006, son roman autobiographique La Merditude des choses obtient un grand succès public et critique. Le film La Merditude des choses, tiré de ce roman homonyme en 2009, est couronné notamment au festival de Cannes et aux Prix du Cinéma flamand.


Le pitch

Par désespoir, pour asticoter son monde et surtout pour se venger de son épouse qu’il déteste, Désiré Cordier, petit bibliothécaire retraité de son état, décide de simuler la maladie d’Alzheimer. Bientôt il se prend au jeu et s’amuse des réactions désemparées de sa famille. Il découvre là une liberté qu’il n’a jamais connue et un moyen sûr de s’éloigner de son entourage, et surtout de sa femme qui l’a toujours régenté. Il décide alors de se plonger dans les joies de la démence, la sénilité et l’incontinence… et finit par être interné dans une institution… La maison de retraite lui réserve quelques surprises, comme les retrouvailles avec son amour de jeunesse et la rencontre avec des pensionnaires aussi déjantés que lui.

À travers des portraits féroces et hilarants, Verhulst, qui a un don sans pareil pour rendre le comique tragique, et vice versa, nous livre sa vision douce-amère du mariage. 

Tous les chemins que ma vie aurait pu prendre ce jour-là, je les ai parcourus en pensée. Mais c’est un exercice mental sans solution, et les dangers de magnifier les destinations manquées sont plus grands qu’on ne l’imagine. 

Ce que j'en ai pensé

Désiré Cordier à raté sa vie et décidé de réussir sa sortie. Porté toute son existence par les choix des autres (et surtout de son épouse), baigné dans les apparences de la réussite sociale et familiale bourgeoise, Désiré à laissé filé le temps sans s'en rendre compte, de petites fuites et petites lâchetés... C'est lui-même qui nous le conte par le menu, expliquant ainsi sa folie de fin de vie, la dernière farce d'un clown oppressé, pied de nez au gâchis... 

Malgré ses descriptions sans concession de son entourage et surtout de son épouse, jamais il ne rejette la faute sur un autre que lui-même; Désiré à tout simplement décidé de porter hors de lui ce qu'il a vécu toute sa vie: une folie emmurante, celle d'être en  adéquation avec ce que les autres attendent de vous...  

La sénilité est dés lors une échappatoire ainsi qu'un bon moyen de réduire à néant la belle construction sociale de sa femme, mais s'avérera aussi être un moyen de trouver la liberté pour ses enfants... 

Ainsi, Dimitri Verhulst nous détail le cheminement de Désiré, ainsi que toute son application à procéder, étape par étape, à l'élaboration du plus grand rôle de sa vie: un vieux gâteux options incontinences, délires et pertes de mémoires comprises.

Drôle, acide et sans concession, la plume de l'auteur porte à sourire devant la description d'une jolie arnaque menée dans un contexte somme toute très banal. Tout son talent réside dans les portraits de l'entourage de son héro et de Désiré lui-même, passant au crible la petitesse humaine qui parfois recèle des envolées poétiques, souffles des âmes.  

Présenté par son aspect drôle, j'ai trouvé ce roman très triste au final, proche d'une mise au masculin d'Une vie de Maupassant, le même sentiment de temps gâché s'en dégageant. Certes la farce eu put être amusante si, en définitive, elle ne se retournait pas quelque peu contre Désiré. Car voilà la triste réalité; les mauvais mariages tout comme les maisons de retraite ou la sénilité sont des prisons... 

Reste donc, en filigrane, une leçon de vie vitale bien qu'effrayante; vos vies sont ce que vous en faites, le temps n'est pas étirable... Claque magistrale dans la tête de Désiré ainsi que de tous ceux qui ont déjà vu s'écouler le peu de fil accordé par les fileuses ! A vous, à nous, donc, de savoir comment le dépenser....


L’occupation principale d’un malade mental consiste à fuir. Il veut, il doit constamment partir. A cet effet, il y a, dans le jardin du home Lumière d’Hiver, un arrêt de bus. Tout à fait fictif, naturellement.   

En résumé... 

Les plus;

  • Une plume drôle et sans concession,

  •  des portraits acides réussis sans jamais tomber dans la caricature cynique,
  • des moments touchants et qui sonnent juste, 
  • une belle leçon de vie,

  • une très belle couverture et un choix de format et de mise en page de qualités.

Les moins; 


  • Un roman doux amer qui pourrait décevoir un public n'y cherchant qu'une distraction burlesque.


En conclusion

Une jolie découverte que la plume de Dimitri Verhulst que je ne connaissais pas, grâce aux éditions Denoël. Fantaisie de fin de vie, récit d'un Don Quichotte en espadrilles et couche anti-fuites urinaires, voici la dernière semonce d'un trop poète, trop doux et certainement un peu trop mou pour avoir put résister aux assauts du temps qui passe et des instances sociales... Soyez fous ! Semble nous chuchoter Désiré Cordier, des miettes de pains pour les oiseaux au creux des mains...

Et si, en ta qualité de septantenaire divaguant, tu n’es pas considéré comme un loser, ce sera au minimum comme quelqu’un qui n’a que ce qu’il mérite. Tu seras soupçonné, à Dieu ne plaise, d’avoir consommé trop peu d’huile de poisson, trop peu de noix aussi. D’avoir préféré les feuilletons à l’eau de rose aux livres à intrigues sophistiquées, bu plus d’alcool que ne pouvaient tolérer tes neurones, méprisé les mots-croisés et jamais lu un journal dans une langue étrangère. Tu seras celui qui a préféré laisser son cerveau paresser plutôt que l’exercer, qui n’a pas fait l’effort d’apprendre convenablement  les nouvelles technologies. Ta démence c’est à toi seul que tu la dois ! C’est ainsi que certains te verront. 


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